Intrigue: Tout à commencé avec l'arrivée en cours d'année scolaire au lycée Seiran d'un tout nouvel élève. Interne dans cet établissement depuis déjà cinq ans, ce n'est pas étonnant que, convoqué au bureau du proviseur, Wataru Tamon se voit confier la charge de guider ce nouveau, avec qui il va désormais partager sa chambre, dans sa future existence de pensionnaire. Hélas, à peine le lycéen a-t-il rencontré son nouveau camarade de classe qu'il comprend aussitôt que leur vie en commun ne va pas s'avérer de tout repos: non seulement Masachika Ebisu, 17 ans, a davantage l'allure et le comportement exubérant d'un top-model de men's fashion que d'un élève de Première, mais c'est aussi un fils de bourgeois ultra-gâté élevé avec autant d'égards qu'un petit prince ! C'est bien simple, il ne sait rien faire: ni le ménage, ni la lessive, encore moins s'occuper de sa propre personne ! Il n'est donc pas surprenant que c'est avec une vive appréhension que Itaru Shibazaki, son jeune et dévoué précepteur, se résoud à l'abandonner livré à lui-même dans un internat. Jamais encore Ebisu n'a quitté la luxueuse demeure familiale, et en raison de la vie dorée qu'il a mené depuis sa naissance, le garçon n'a pas manqué de développer bon nombre de défauts qui pourraient plus tard lui porter préjudice. Défauts dont le plus inquiétant n'est autre qu'une totale dépendance vis à vis de Shibazaki ! Le précepteur voudrait bien pourtant que son jeune maître prenne conscience qu'il ne sera pas toujours là pour veiller sur lui: tôt ou tard, il faudra bien que Ebisu apprenne à se débrouiller par lui-même. Mais en sa qualité de simple employé, il y a des choses que Shibazaki n'a pas la possibilité d'enseigner au jeune homme. Voilà pourquoi il a finalement décidé de l'envoyer dans un pensionnat, espérant que l'expérience d'une existence nouvelle et sensiblement plus difficile apprendra à ce garçon sur-protégé de prendre enfin sa vie en main.
Avant de partir en laissant son maître, Shibazaki recommande plusieurs fois si instamment Ebisu à Tamon que ce dernier finit par promettre de veiller sur le jeune homme. Ebisu a beau jouer les poseurs et les indifférents, une fois son protecteur parti, il paraît soudain beaucoup moins sûr de lui. C'est en réalité un solitaire, dont la silhouette triste qui lui tourne le dos n'est pas sans évoquer à Tamon l'image d'un enfant perdu. Alors, spontanément, bien que conscient que ce genre de paroles ne lui ressemble guère, le lycéen assure à son nouveau camarade qu'il n'a pas à se faire de souci: avec un habitué comme lui de la vie en internat à ses côtés, pour Ebisu tout ira bien. Ce dernier, d'abord surpris, acquiesce: il sait désormais qu'il ne sera pas trop dépaysé, pensant avoir trouvé en Tamon un substitut de son cher précepteur. "Tu ressembles à Shibazaki", prononce-t-il avec un lumineux sourire à faire chavirer le coeur de son camarade.
Ebisu a beau être un riche fils de bourgeois, il y a au moins une chose qu'on ne peut lui reprocher: il n'est ni snob ni capricieux comme le sont d'ordinaire les gens de sa condition. Plutôt gai et sociable, il ne tarde donc pas à s'attirer la sympathie de ses autres camarades de classe. Néanmoins Tamon surtout lui plaît beaucoup malgré ses airs froids et son caractère taciturne, ainsi Ebisu n'a pas mis longtemps à reporter sur lui l'attachement et la confiance qu'il avait pour son précepteur: c'est décidé, Tamon sera son meilleur ami, lui qui n'en a jamais eu. Hélas, le jeune homme a une forte tendance à confondre amitié et accaparation.... C'est ainsi que dès son premier jour de classe il déclare la guerre à Toranosuké Hotei, un élève de Terminale qui vient souvent discuter avec Tamon pendant la pause. Cette bonne entente qui existe entre les deux garçons n'est pas du tout à son goût, et afin de les séparer, Ebisu jaloux ne trouve rien de mieux que de faire semblant de perdre connaissance dans la salle de classe. Effrayé, Tamon s'empresse de le conduire à l'infirmerie tandis qu'il se remémore leur conversation de la veille: lorsque le jeune homme, qui a redoublé sa Première pour avoir passé un an à l'hôpital, lui avait dit qu'il ne lui restait plus que six mois à vivre, Tamon avait cru qu'Ebisu se moquait de lui; mais à présent, il commence à se demander si ces propos n'étaient pas la vérité.
Terrible soupçon heureusement vite détrompé par Mr. Kurobé, le populaire médecin-infirmier de l'école: même s'il est vrai que Ebisu a été soigné pendant une année entière pour une maladie grave, celle-ci est à présent complètement guérie. Furieux et vexé de s'être laissé berné, Tamon quitte l'infirmerie en claquant la porte ! Une fois le lycéen parti, Mr. Kurobé demande à Ebisu couché dans un lit de cesser de jouer sa petite comédie, car il sait bien que le garçon est en parfaite santé: s'il souffre d'une maladie, c'est de celle du bébé douillet qui veut qu'on s'occupe de lui ! Kurobé était le sempaï de Shibazaki à l'université, et le précepteur a pris soin de lui envoyer une note de recommandations récapitulant avec force détails les petites manies de son protégé. Pas la peine donc d'essayer de berner Kurobé par des malaises imaginaires, et si Ebisu veut s'obstiner à jouer les chochottes, il ferait mieux de rentrer tout de suite chez lui ! Honteux et vexé, c'est au tour du jeune homme de quitter l'infirmerie précipitamment. Si Shibazaki s'inquiète pour lui au point de ne pas avoir lésiné sur les recommandations à son sujet, pourquoi l'a-t-il envoyé dans cet endroit ?
Maugréant, Ebisu finit par revenir à son dortoir. Le soir après les cours, lorsque Tamon vient l'y rejoindre, il se rend compte que le lycéen est très en colère. "Cela t'amuse de te moquer de moi ? demande Tamon. S'il y a bien quelque chose que je déteste, c'est que l'on me mente !" A ces mots, Ebisu se montre des plus surpris: menteur dans l'âme, il n'y prête même plus attention lorsqu'il raconte un mensonge, et tel un enfant, n'imagine même pas que cela pourrait causer de l'embarras à autrui. En faisant croire à Tamon qu'il n'avait plus que six mois à vivre, il désirait simplement que ce dernier s'occupe de lui, sans réaliser la gravité de ses propos. Ebisu se rend compte à présent qu'il a blessé celui qu'il souhaitait pour ami, mais comment faire pour réparer ? Nullement habitué à résoudre lui-même ses problèmes, tandis que Tamon s'en va à la cantine en le plantant là, les larmes aux yeux Ebisu ne peut qu'invoquer douloureusement le nom de Shibazaki.
Finalement, incapable de trouver une solution, le jeune homme s'est résolu à se coucher le ventre vide. Mais hélas, ses soucis ne s'arrêtent pas pour autant: la nuit venue un violent orage se déclare, et s'il y a bien quelque chose qu'Ebisu ne supporte pas, ce sont le grondement de la foudre et les éclairs ! Ainsi, quand il revient enfin de la cantine, Tamon découvre son compagnon de chambre terrorisé, roulé en boule sous ses couvertures. Si au début, par peur du ridicule, Ebisu s'empresse de se redresser en fanfaronnant qu'il ne craint pas le tonnerre, l'instant suivant, il se jette dans les bras de Tamon en le suppliant de le laisser dormir dans son lit ! "ce mec est un vrai bébé !" grommelle Tamon en renvoyant le garçon se coucher seul avec perte et fracas. Néanmoins, malgré ses efforts pour tenter d'ignorer l'amas de couvertures criant et gémissant à ses côtés à chaque coup de tonnerre, le lycéen en vient à se demander si jusqu'à maintenant, à chaque orage, son camarade n'allait pas se réfugier dans le lit de son précepteur Shibazaki. Comment ce dernier a-t-il pu avoir l'idée de faire entrer en pension complète un garçon aussi inadapté !? Sans doute pour essayer sur lui un traitement de choc, c'est la seule explication. A la fin, voyant qu'Ebisu est réellement terrorisé, Tamon se résoud en soupirant à venir dormir dans son lit, l'avertissant néanmoins que c'est bien la première et la dernière fois ! Mais, tandis qu'il enlace ce corps chaud qui se serre désespérément contre lui, se disant que décidément son comportement ne lui ressemble pas, Tamon songe également que contre toute attente ça ne lui est pas désagréable de partager son lit avec quelqu'un....
S'il savait que le lendemain matin, arrivé en retard en classe pour ne s'être pas réveillé, le lycéen allait surprendre Ebisu raconter à qui veut l'entendre que c'est lui, Tamon, qui a eu peur de l'orage au point de se pelotonner dans le lit de son camarade jusqu'au petit matin ! Décidément, il devient urgent de faire quelque chose pour guérir de sa maladie ce menteur impénitent ! Résolu à transformer depuis la racine le caractère d'Ebisu, Tamon brûle désormais d'une mission sacrée. Quand donc ses efforts seront-ils récompensés ?....
Avis: Il s'agit du tout premier livre de Sakufu Ajiminé, qui n'a réalisé à ce jour que deux mangas. Hormi le chapitre 5 qui avait paru dans Magazine Be Boy , tous les autres chapitres qui composent "Ebisu" sont issus de Dôjinshis , de fanzines. D'où la grande qualité de ce titre qui n'a pas eu à pâtir des exigences commerciales de l'éditeur, du genre "Il nous faut au moins une scène X par chapitre". En effet, hormi les fantasmes nocturnes de Tamon qui apparaissent vers la seconde partie du livre, lorsqu'il prend enfin conscience de la véritable nature de ses sentiments pour son ami et découvre par la même occasion le désir sexuel, ce manga ne contient pratiquement aucune scène érotique. Normal, car il narre les étapes d'une initiation amoureuse entre deux adolescents. Reste une histoire à la fois drôle et tendre, qui se clot au moment où Tamon et Ebisu se sentent enfin prêts à nouer une relation plus adulte, c'est à dire charnelle. C'est certes un peu dommage que le récit s'arrête là, nous laissant un peu sur notre faim; il n'est néanmoins pas impossible que l'auteur (dont c'est le seul titre paru actuellement chez Biblos) nous livre un jour une suite.


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